Compétences et passion : Olivier, cadre commercial … et booker

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Olivier Ancien cadre de l’industrie agroalimentaire, Olivier Cassou a transposé ses réflexes de dirigeant pour accompagner l’ascension de son fils Tristan, jeune prodige de la guitare. Ce qui commence comme une “histoire de potes” nécessite, avec la notoriété, une organisation exigeante. Olivier souligne que le succès d’un groupe dépend d’une discipline sans faille, car le public des fans est très pointu. Echange autour des piliers d’une aventure où professionnalisme et passion se rejoignent et où il est notamment question d’organisation et d’engagement familial, de gestion de carrière, de réseautage, de leadership ou encore d’amélioration continue..

Q. Équilibre vie pro-vie perso et gestion du temps | Comme beaucoup de gens pendant leur carrière professionnelle, tu t’es retrouvé entre deux jobs. Tu as mis à profit ce temps pour prendre du recul par rapport à un boulot prenant et tu t’es beaucoup investi pour soutenir la démarche de Tristan, ce qui a impliqué de nombreux déplacements en voiture (Marseille, Montluçon, Annecy, etc.). J’imagine que cela nécessite le soutien indéfectible d’un environnement familial et amical ?

R. Ça se gère assez facilement : Tristan s’occupe de toute l’organisation de la musique, et moi, sans être manager ni booker, je me charge du démarchage. Comme je viens du commercial, ça ne me fait pas peur. Et j’aime bien quand on me dit « non », parce que c’est un challenge et que les choses me viennent naturellement : je ne lâche pas, je reviens à la charge. Ce sont des méthodes commerciales classiques et ça fait vraiment le lien avec mon ancien boulot. Je prends ça comme un loisir. Une journée normale pour moi, c’est 10-12 heures. J‘entreprends le démarchage soit à l’hôtel, soit chez moi quand je rentre. C’est le suivi qui est très chronophage. Heureusement, mon épouse a l’habitude et nous conservons du temps pour nous aussi. Du reste, nous avons chacun nos loisirs. Il n’y a pas tant de concerts que cela et c’est juste de l’organisation. Notre fille aînée est aussi dans un groupe, donc c’est une histoire familiale. Cette notion d’effort est très forte pour nous. Je peux faire un parallèle avec le monde agricole d’où je viens. On n’imagine pas les heures de travail des agriculteurs pour produire n’importe quel légume qui sera consommé en quelques secondes. Un concert nécessite aussi beaucoup de préparation en amont, pour deux heures de show. Les gens ne se rendent pas compte de tout le travail que cela implique.

Q. Formation | On ne s’improvise pas régisseur son ou éclairagiste. Comment t’es-tu familiarisé avec les outils ?

R. Je m’y suis mis tout naturellement. Tristan fait ses propres lumières et tous ses programmes. Il me fait un timelap. Certes, il faut évidemment connaître les chansons par cœur pour appuyer sur le bon bouton sur tel break de batterie ou de cymbale. Ce sont des heures passées à répéter, à acquérir le sens de la musique pour appuyer sur les touches préprogrammées par Tristan. Les choses se sont faites petit à petit. Je me suis familiarisé avec le synthé et le pad pour piloter les lights et les lasers, les strobes etc. Et je me retrouve à faire les shows que tu as vus au Vox.

Q. Gestion de carrière | L’aventure musicale de Tristan a commencé dans la petite bibliothèque de Pugnac (33) où il a été invité à jouer devant une poignée de personnes, puis il y a eu le Vox à Saint-Christoly de Blaye par deux fois, puis la rencontre avec les Best of Floyd et le concert à l’Arcadium d’Annecy (3000 personnes !). Il a aussi participé au concours de jeunes talents au MuPop devant Yarol Poupaud. Maintenant, il va prendre les rênes d’un tribute français les plus réputés. Comment gères-tu (gérez-vous) cette ascension et la suite de sa carrière, puisque Tristan est désormais bachelier et majeur et qu’il entame une carrière d’autoentrepreneur ?

R. Nous prenons chaque événement l’un après l’autre en analysant ce qui a bien marché ou pas. Dans la famille, nous gardons les pieds sur terre. C’est une évolution de carrière assez « normale ». Encore une fois, c’est le travail qui paye et les bonnes choses qui s’enchaînent. C’est vrai que quand tu prends du recul, ça se fait vraiment très naturellement. J’ai voulu que Tristan se lance en auto-entrepreneur car nous avions passé un deal : il devait avoir son bac s’il voulait faire de la musique. S’il avait le bac, je lui donnais un an pour faire de la musique. S’il l’avait avec mention, je lui donnais deux ans. Il a eu son bac avec mention ! Donc, il se donne deux ans pour faire de la musique, tout en étant à la maison, dans son propre studio. Et au lieu de se reposer sur ses lauriers, autant qu’il se serve de l’expérience acquise en proposant des activités en studio. Ça lui montre aussi tout le boulot et toute la paperasse qu’il y a derrière, qui est peut-être plus chronophage que le travail scénique. Le public ne voit pas ces choses-là. C’était aussi pour construire son avenir professionnel.

Q. Réseautage | Le parcours musical de Tristan a été jalonné de belles rencontres artistiques (Back to the Floyd, Best of Floyd, So Floyd, Raoul Chichin, Yarol Poupaud, Luc Ledy-Lepine de l’Australian Pink Floyd Show). Comment se passent ces moments d’échange ? On frappe à la porte et on dit « Salut, est-ce qu’on peut causer ? »

R. C’est exactement comme dans mon travail avec un client. Tu ne décides pas, mais tu proposes. Le but, c’est de faire un peu ce que tu veux, mais c’est l’autre qui décide. Au début, évidemment, j’ai envoyé beaucoup de messages, à toi d’ailleurs aussi, où on a dit « Tiens, est-ce que tu pourrais venir ? ». J’ai beaucoup travaillé là-dessus et c’est ce qui nous a mis le pied à l’étrier, et c’est ce qui a motivé Tristan. Après, tout va de plus en plus vite parce que, plus tu connais de gens, plus ça fait le tour. Je pense que, quand tu es passionné par quelque chose, tu dégages une énergie consciemment ou pas, comme dans le travail.
Les So Floyd nous ont invités à venir les voir à Angoulême. Je ne me suis jamais imposé, j’ai juste demandé l’autorisation et je leur ai envoyé des vidéos. Il y a tout un travail de proposition derrière. J’ai sollicité leur avis aussi. Faire du Pink Floyd à 15-16 ans à notre époque, ça sortait de l’ordinaire. Donc, tout le monde a eu envie plus ou moins de donner un coup de main. Idem pour les autres tributes. Le lyonnais Luc Ledy-Lepine a commencé en postant des vidéos et les Australian Pink Floyd Show l’ont appelé en lui conseillant de persévérer. Maintenant, il fait des tournées mondiales avec eux et il est heureux comme tout !

Q. Entraide et conseil | Lors du concert du Vox à St-Christoly le 25 octobre dernier, tu m’avais confié que beaucoup d’équipement avait été prêté par des professionnels de la musique. Comment cela a-t-il été possible ?

R. Encore une fois, c’est notre façon de travailler en mode collaboratif. On se donne des coups de main les uns les autres. Quand ça marche bien, on se fait des amis. Depuis le début, nous sommes fidèles à Blanchard Musique, de Saintes (17). Par ailleurs,
un petit gars d’une salle de spectacle nous prête du matos quand nous avons besoin de faire des enregistrements. Tout fonctionne à la confiance et au sérieux.

Q. Partage d’expérience | Fort de plus de deux ans de scène, tu as accumulé une belle expérience en tant que manager de Tristan et des Young Bridge. Je t’ai vu partager des tuyaux de communication avec l’animateur d’une radio web. Peux-tu expliciter ? Ce que j’ai remarqué aussi, c’est que ce n’est jamais du donnant-donnant. Les choses se font naturellement et un jour, il y a un retour d’ascenseur ?

R. Pour moi, c’est tout naturel, puisque j’ai fait un peu de marketing et de communication. Les choses les plus simples sont toujours les plus efficaces. L’animateur en question a créé une plateforme mettant en relation les groupes et les salles, mais il manque d’interaction dessus.
Je lui ai simplement conseillé de faire vivre cet outil, et pas de le positionner comme un simple réceptacle. D’ailleurs, il est en train de le mettre en place. Et ça, c’est l’expérience, comme moi-même, j’aime bien toujours progresser et stimuler les autres à le faire. C’est pour ça aussi que Tristan a monté sa société T. CASS Event pour les petits groupes qui n’ont pas de matos. On se rend compte le milieu musical est difficile et il faut se serrer les coudes. Parfois, on sollicite des groupes pour faire des premières parties, u inversement pour mettre le pied à l’étrier d’un petit groupe qui vaut le coup et qui ne peut / sait pas s’en sortir. Certains n’ont pas les moyens, ni la chance d’avoir ce package entre le mec qui joue bien, et son entourage qui se débrouille pour aller chercher tout ce qu’il faut de matos, de contacts, etc.

Q. Coaching d’équipe | La vie de groupe peut être parfois tendue. Elle nécessite aussi un certain niveau d’engagement et de partage de vie commune. Tu es parfois intervenu pour corriger certaines postures scéniques. Comment t’y prends-tu ?

R. C’est comme au travail : quand tu gères une équipe, il y a des choses qui vont, d’autres pas. La meilleure façon de régler les problèmes, c’est d’en parler, simplement. Après, tu t’adaptes à la personne que tu as devant toi. Mais il y a des règles. C’est normal, dans un groupe, de donner un coup de main. Et d’assurer, par exemple, le montage et le démontage ensemble, de partager le before et l’after. Il faut être clair aussi dès le départ, comme dans un recrutement où les tâches sont établies dès le début. Ça fait partie de la cohésion de groupe : il y a un boulot minimum à effectuer si on prétend être membre d’un groupe à part entière.

Q. Communication | Lorsque j’ai interviewé les deux nouveaux musiciens venus au sein des Young Bridge à la rentrée, ceux-ci m’ont confié avoir découvert le groupe via les réseaux. Depuis deux ans, la communication digitale s’est avérée cruciale au développement de la notoriété. Comment as-tu appréhendé le sujet ? As-tu un calendrier ? Des canaux préférentiels ?

R. Ça a été un peu plus compliqué sur la com des Young Bridge, parce que nous avions des vues divergentes avec Tristan et Louis, le batteur, sur ce qu’il fallait proposer dans les réseaux au sujet de la vie du groupe, etc. Ils voulaient des photos bien propres, un ite carré. Or, selon moi, il faut vraiment susciter l’attachement et la sympathie. Par conséquent, nous nous sommes partagé la tâche : ils gèrent Instagram et Facebook. Et moi, je fais mon Facebook de mon côté avec de la com’ comme je l’entends. Les résultats sont là puisque nous avons atteint 5000 followers sur YB Connexion. Je travaille toute la partie backstage, les reportages. J’adore ça … et ça marche ! Les followers ont envie de voir comment ça fonctionne derrière. Eux-mêmes peuvent poster des vidéos, des photos de leur concert. Le groupe de fans est hyper dynamique et ça amène forcément de la visibilité. Je n’ai pas de calendrier, pas de fichier Excel. Je fais tout à l’instinct. Idem pour les personnes que je contacte, les choses que je vois.

Q. Amélioration continue | Loin de se reposer sur ses lauriers, Tristan se montre très mesuré et sans cesse en quête d’amélioration. Est-ce quelque chose que tu lui as inculqué toi-même ? Qu’est-ce qui fait la différence entre un bon guitariste et un très bon ? On voit en effet beaucoup de disciples de David Gilmour, le guitariste historique de Pink Floyd, se croire un peu trop beaux.

R. Certaines personnes ont besoin d’une vie hyper régulière, d’un cadre. Selon moi, quand on n’avance pas, on recule. La progression de Tristan me fait un peu peur, car il ne faut pas aller trop vite non plus, ni griller des étapes. Il doit encore améliorer son chant, même s’il peut assurer deux heures de show sans trop de problèmes. Avant le Vox à l’automne dernier où tu l’avais revu, je ne l’avais jamais entendu chanter. La chance qu’il a, c’est que maintenant, il est dans une bonne dynamique parce qu’il est entouré de beaucoup de monde bienveillant qui vont le former. C’est une étape, une marche un peu haute qu’il va falloir franchir. Je ne mets pas la pression, mais je suis très conscient des enjeux.
Il ne faut pas décevoir, car un bad buzz peut enflammer très vite les réseaux ! Ce qui compte, finalement, ce n’est même pas la technique. Beaucoup de jeunes sont hyper techniques devant leurs partitions. Mais faire des notes, c’est limite facile. Par contre, donner des frissons sur une inflexion de voix, sur un bend de guitare, avoir la capacité d’improvisation et être capable d’injecter ça même sur un morceau hyper connu, c’est très dur. Pourquoi Tristan l’a, je ne sais pas. Il a commencé tôt et ça lui est rentré naturellement dans les oreilles et dans les doigts. Du moins, ce sont les retours qui lui sont faits. Il arrive à faire passer cette émotion et, pour moi, c’est l’énorme différence, surtout avec la musique des Floyd qui, techniquement, n’est pas ce qu’il y a de plus dur. Donc, l’émotion prime, sur n’importe quel instrument, plutôt que de s’acharner sur une partition sans en dévier.

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